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| Joseph Stiglitz: «LAfrique doit compter davantage sur elle-même» |
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Joseph Stiglitz : « L’ajustement structurel a contribué, contrairement à ce que laisse entendre le FMI, à la désindustrialisation de l’Afrique. »
Prix Nobel d’économie et président de la Commission d’experts sur la réforme du système financier international, Joseph Stiglitz estime, dans cet entretien réalisé à l’occasion d’une conférence sur l’après-crise financière, organisée par la BAD, que le continent a tout intérêt à raffermir son partenariat avec les pays émergents asiatiques, où la croissance reste vigoureuse.
Joseph Stiglitz : « L’ajustement structurel a contribué, contrairement à ce que laisse entendre le FMI, à la désindustrialisation de l’Afrique. » Propos recueillis par Walid Kéfi, Tunis Les Afriques : A l’heure où la reprise reste assez molle dans les pays développés, que peut faire l’Afrique pour relancer sa croissance freinée par la crise ? Joseph Stiglitz : A Wall Street, on pense déjà que le pire est derrière nous. Dans les milieux universitaires, le pessimisme est, en revanche, encore de mise, d’autant que les pratiques qui ont servi de détonateurs de la crise sont toujours là. Je pense que le retour au niveau de croissance enregistré avant la crise aux Etats-Unis et en Europe ne devrait pas intervenir avant 2013. L’Afrique, qui est une victime innocente de la crise, doit compter davantage sur elle-même et adopter une stratégie post-crise. Le continent a, en premier lieu, intérêt à profiter de la nouvelle géographie économique mondiale, en s’orientant vers les marchés émergents asiatiques, où la croissance reste vigoureuse. Le raffermissement du partenariat avec ces pays émergents peut permettre à l’Afrique de maximiser la rente de ses ressources naturelles, en exploitant la concurrence mondiale, et d’attirer des investissements importants. « Sur le moyen terme, l’Afrique devrait aussi exploiter l’augmentation en cours des salaires en Asie, qui va modifier les avantages comparatifs à l’échelle mondiale. » La Chine joue déjà un rôle important en Afrique. Sur le moyen terme, l’Afrique devrait aussi exploiter l’augmentation en cours des salaires en Asie, qui va modifier les avantages comparatifs à l’échelle mondiale. Dans le même temps, ce continent est appelé à définir de nouvelles politiques d’apprentissage industrielles, technologiques et agricoles dans le cadre d’une diversification sectorielle effective des économies africaines. Cette diversification est aujourd’hui urgente, vu que l’ajustement structurel a contribué, contrairement à ce que laisse entendre le FMI, à la désindustrialisation de l’Afrique. La part de l’industrie africaine dans le PIB est tombée de 15,9% en 1965 à 14,9% en 2006. Les pays africains doivent aussi gérer leurs ressources naturelles d’une manière transparente et investir les richesses du sous-sol sur le sol. D’autre part, une sortie rapide de crise en Afrique implique plus que jamais une réhabilitation du rôle de l’Etat-promoteur. LA : A travers quels mécanismes peut-on réhabiliter le rôle de l’Etat-promoteur en Afrique, où que les Etats se désengagent de plus en plus des marchés de capitaux sur recommandation des institutions de Bretton Woods ? JS : La crise a prouvé que les marchés ne peuvent pas tirer, à eux seuls, le développement de l’Afrique. Les marchés financiers privés n’ont pas vocation à promouvoir le développement, puisqu’ils sont généralement polarisés sur le court terme. L’un des mécanismes permettant de réhabiliter le rôle de l’Etat-promoteur en Afrique, est la multiplication des banques de développement nationales. Au Brésil, c’est la Banque de développement brésilienne (BNDES) qui a en grande partie financé le développement économique du pays. L’intérêt de ces banques a été déjà démontré en Afrique. Ce n’est pas, en effet, un hasard si le Botswana et l’Ile Maurice, qui disposent de grandes banques de développement nationales, réalisent de bonnes performances économiques. LA : Vous étiez l’un des membres du groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, comment jugez-vous les résultats du sommet de Copenhague ? JS : C’était encore une occasion manquée. A Copenhague, on s’est mis d’accord sur un financement public-privé ayant pour objectif de s’élever à 10 milliards de dollars par an jusqu’en 2012, pour limiter les émissions des gaz à effet de serre. Or, nous avons besoins d’investir 200 milliards de dollars par an pour parvenir à des résultats tangibles dans ce domaine. Le sommet aurait pu, au moins, fixer un prix de carbone incitatif, à 80 dollars la tonne par exemple. Cela aurait permis d’accroître considérablement les investissements et contribué à déclencher une reprise économique vigoureuse. Bio-express Récipiendaire du prix Nobel d’économie en 2001, pour ses analyses des marchés avec asymétrie d’information, Joseph Stiglitz a été le principal auteur du rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, co-lauréat du Nobel de la paix 2007. Il a notamment occupé les fonctions d’économiste en chef et premier vice-président de la Banque Mondiale (1997-2000). Début 2008, le président français Nicolas Sarkozy lui a confié la présidence de la Commission sur la mesure des performances économiques et du progrès social. Au lendemain du déclenchement de la crise financière, il a été nommé par les Nations Unies président de la Commission d’experts sur la réforme du système financier international. LESAFRIQUES.COM http://www.lesafriques.com Commentaires (0)
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